|
|
| Source
de l'info : Discussions nocturnes avec Sena Alouka, animateur de nombreux projets sociaux au Togo |
| Posté par move
le vendredi 15 août 2003.
Modéré le samedi 23 août 2003
nombre de visites: 4854
|
 |
C'est en discutant avec Sena en avril 2003 au Togo que je me suis rendu compte d'un phénomène universel que Sena appelle à juste titre l'effet MONG.
Je précise que loin d'attaquer et de vouloir dénoncer les générateurs de l'effet MONG, le but de cet article est surtout d'en expliquer les origines (une bonne volonté) et de suggérer comment remédier à l'effet MONG (qui se produit généralement involontairement).
C'est quoi l'effet MONG ?
En résumé, MONG est la contraction de "mon" et "ONG".
L'effet MONG désigne toutes les organisations sociales (associations, groupe d'intérêts, administrations publiques) dans lesquelles une personne assume la majorité des fonctions dirigeantes à elle seule. Renaud disait "je suis une bande de jeunes à moi tout seul", ce qui veut dire à peu près la même chose.
Comment éviter l'effet MONG sur le web ?
Pour éviter de participer à générer l'effet MONG, mieux vaut présenter son profil personnel sur le web , alias ePortfolio (comprenant réalisations, compétences, coordonnées, motivation dans la vie...). Ainsi, lorsque vous participez à l'activité d'une ONG, vous pouvez donner votre profil perso à l'ONG à laquelle vous participez. Et ainsi, l'ONG peut montrer qu'elle a une vie propre, et que ses membres ont, eux aussi, une vie propre. L'ONG et ses membres existent chacun à part entière.
Concrètement, dans le site de l'ONG à laquelle on participe, s'assurer qu'il y a un lien bien visible (contact, membres, participants, équipe, à vous de voir quel mot-lien sera choisi) qui abouti à une page listant les membres et présentant leur profil. Le profil perso des membres est présenté soit dans une liste par groupe d'activité (comme en bas de cet article qui décrit les divers membres actifs et passifs de cooperation.net, soit sous forme de fichier édité sur une page web par un membre de l'ONG, un fichier qui liste tous les membres de l'ONG comme le fichier d'exemple en bas de cet article.
Les origines d'un effet MONG
La plupart du temps, l'effet MONG est généré involontairement, sur la base d'une bonne intention : une personne se lance dans un projet, veut donner une base légale à son projet, invite 1-2 amis à s'y impliquer, rédige des statuts d'association (ou de coopérative ou même de fondation parfois), et hop, une ONG est créée. Et ensuite les amis sont peu disponibles, l'initiateur initial a du mal à tou gérer, il représente l'ONG, la préside, fait la comptabilité, le secrétariat, bref il fait tout souvent bien malgré lui, et au bout du compte il dit Mon ONG sans même s'en rendre compte.
Sur le web, comment identifier l'effet MONG ?
Sur le web, c'est facile de voir si une organisation est victime de l'effet MONG : il n'y a pas de lien depuis le site de l'organisation vers les profils de ses membres. Si les membres d'une organisation ne sont pas présentés, alors cela laisse la porte ouverte aux doutes : cette organisation est-elle composée d'une équipe ou d'une seule personne qui dirige tout ? Si j'ai une difficulté de coopération avec cette personne, y aura-t-il d'autres personnes de l'ONG avec qui je puisse en parler afin de trouver une solution concertée ?
Plus généralement, quels sont les indices pour percevoir l'effet MONG
L'effet MONG est souvent le résultat de la méfiance et de la méconnaissance, un peu comme un taureau qui fonce tête baissée. En voici la construction étape par étape :
1.Une personne a une idée, un projet.
2.Cette personne connaît des ONG (fondation, association), mais elle n'a pas confiance ou alors elle ne fait l'effort d'aller les voir pour leur proposer ce projet / cette idée.
3.Cette personne préfère créer une nouvelle organisation, et ainsi elle génère un effet MONG.
4.Impact indirect : il y a trop d'ONG toutes petites, et trop peu de coopération thématiques. Cela expliue en prtie comment les intérêts privés réussissent à prendre le dessus sur les intérêts communs dans de nombreux enjeux mondiaux de société.
Ce processus est au coeur de nos problèmes de société : tout va trop vite, nous avons trop d'informations peu fiables, trop de pressions liées à la vitesse que nous permettent les technologies, trop d'opportunités nouvelles en permanence comme une télécommande pour zapper dès qu'une option ne nous plaît pas. Aussi nous de développons plus assez la culture de la coopération : apprendre à s'associer avec d'autres dans des ONG existantes plutôt que de créer une nouvelle ONG, par exemple. Apprendre à se profiler à titre personnel, même si c'est un effort supplémentaire, avant de profiler une ONG. C'est cette culture de la coopération confiante que le réseau Cooperation.net propose de revaloriser.
Comment reconnaît-on des personnes atteintes du syndrome MONG ?
Les personnes atteintes de ce syndrome MONG partent pourtant d'un bon principe : elles oeuvrent pour le bien commun dans une dynamique participative, tout le monde peut rejoindre l’organisation qu'elles président/dirigent, c’est ouvert aux participations en tous genres. C'est pourquoi l ne s'agit pas de les montrer du dogts mais de les sensibiliser à l'utilité d'éviter l'effet MONG. Néanmoins dans la pratique, les indices suivants peuvent laisser la porte à des effets MONG et aux dérapages que cela implique :
en parlant de l'organisation, la personne dit "mon" organisation, "mon" ONG, et non pas l'organisation XYZ (c'est la base la plus visible de l'effet MONG)
il n'y a pas de PV d'assemblée générale annuelle, ni de rapports d'activités (très fréquent dans les toutes petites ONG, qui sont les plus touchées par l'effet MONG)
la personne considère que les biens de l'organisation sont ses biens (stade très avancé de la maladie)
A quoi sa sert d'en parler, est-ce que cela ne complique les choses ?
La mention de l'effet MONG sert à sensibiliser les opérateurs sociaux à l'importance de la masse critique de collaborateurs dans une organisation. Dans une organisation à but non lucratif ou à but lucratif, il est essentiel d'avoir une masse critique de participants. Deux personnes, cela ne suffit pas pour montre une organisation solide. Sinon, c'est une micro-entreprise d'une seule personne, et alors ce n'est plus une ONG, c'est une sociét simple, c'est à dire une seule personne qui assume son indépendance, ce qui est génial, essentiel, mais ne peut pas être réalisé sous une égide de personne morale. Idéalement, un petit noyau au moins 5 personnes est nécessaire pour qu'un groupe soit vraiment un groupe. Cela permet à chacun d'y apporter ses forces, et surtout de pouvoir aussi admettre ses faiblesses.
Facile à dire, mais pas à faire
Souvent les porteurs de projets rencontrent des difficultés à faire confiance, et donc ils préfèrent créer "Mon ONG" plutôt que de rentrer dans une ONG existante. C'est partout pareil dans le monde. Alors quoi ? Baisser les bras ?
Chez Ynternet.org, nous avons par exemple choisi de trouver, dans chaque pays partenaire, des institutions d'accueil qui a plusieurs membres, ou alors de déléguer la gestion des sections à des personnes (et encourager ses personnes à organiser en groupe d'au moins 4-5 co-opérants). Cela nous créer des complications, il faut négocier, faire évoluer les avis jusqu'à ce que tout le monde soit d'accord, accepter de revenir en arrière parfois. Par contre, cela facilite la gestion administrative, cela ouvre la porte à des coopérations inattendues, et surtout cela nous apprend à partager les responsabilités, donc à mieux les définir, les suivre, les assumer.
Un remède : que l'oeuvre dépasse l'homme.
Au début, une organisation est souvent créée par une ou deux personnes "moteurs". Ensuite, l'organisation se structure progressivement, il faut souvent 2 à 5 ans avant qu'elle n'atteigne sa maturité.
En 1996, je dirigeais depuis 4 ans l'association socio-culturelle Tir Groupé. Alberto Gallusser, un des membres fondateur et soutien fidèle de l'association, m'a expliqué qu'il fallait pour Tir Groupé que l'oeuvre dépasse l'Homme. Cette expression résume bien le remède au syndrôme MONG : même si on lance un projet, une structure avec une mission, des valeurs, des principes, des prestations, des membres, il faut savoir créer les conditions pour que l'oeuvre dépasse l'homme. Si l'effet MONG est acceptable dans les premiers mois d'un projet, il faut viser au plus vite à laisser libre champs à la différence, amener lentement un groupe à s'approprier l'idée. C'est ce que j'ai fait avec Tir groupé, mais aussi avec plusieurs autres organisations dont j'ai été le co-fondateur. Amener l’œuvre structurelle à dépasser l'homme, c'est ce qu'ont fait toutes les personnes qui ont su aller au-delà de l'idée, qui ont su se libérer du sentiment d'indispensabilité.
Comment ne plus être indispensable ?
La clé du succès réside dans le juste équilibre entre accompagnement de proximité vers l'autonomie, et présence durable. Par exemple, il est utile de passer du statut de président au statut de simple membre, et ainsi de rester conseiller au sien de la structure. Bien sûr, les réalités sont différentes, parce qu'il y a les émotions, les jeux de pouvoir aussi souvent, mais tout de même c'est la voie à tenter selon toute vraisemblance.
Au début de la vie d'une personne, c'est impossible de développer une ONG sans générer l'effet MONG. Après plusieurs années de vie professionnelle et associative une personne qui a déjà développé divers projets peu plus facilement proposer le lancement d'une ONG en évitant l'effet MONG. Ou alors, l'alternative c'est de ne pas monter un organisation composée de membres et de collaborateurs, mais plutôt une micro-entreprise, de type artisanal. Ainsi, l'entreprise c'est vous, c'est clair et net, vous pouvez éventuellement procurer du travail à quelques employés, mais en aucun cas il ne s'agit pas d'une organisation collective : il y a un-e chef et quelques collaborateurs qui en dépendent. Une micro-entreprise peu aussi tout à fait développer des projets sociaux, culturels, sans chercher l'enrichissement personnel.
En conclusion : ni noir ni blanc.
L’effet MONG est omniprésent. C’est une tendance humaine, surtout dans cette période actuelle où nous perdons nos repères et donc perdons confiance dans les groupes. Il s’agit simplement de limiter l’effet MONG. Notamment en essayant de s’intégrer dans des organisations déjà existantes plutôt qu’en créant des nouvelles organisations pour chaque nouveau projet. Essayez- vous risquez d’être étonnés du résultat !
|
|
|
|
|
|
|
|
|